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CH-1272 GENOLIER (VD)
Tél. +41 22 366 25 15

Mercredi  à vendredi de 14h à 18h30
samedi et dimanche de 11h à 18h
ou sur rendez-vous

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Ronnie Tjampitjinpa

 

 

 



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Kathleen Petyarre





Judy Watson




Jeannie Mills

 

ART ABORIGÈNE

Biographies des artistes (cliquez sur ce lien)
Sur demande, la galerie peut vous envoyer par wetransfer un pdf des biographies
avec images en haute résolution.

Introduction

C'est au cœur du désert australien, à Papunya, qu'en 1971 la peinture aborigène contemporaine est née sous l'influence de l'instituteur anglo-saxon Geoffrey Bardon qui proposa à ses élèves, bientôt rejoints par des initiés, de reproduire les motifs des dessins rituels réalisés à l'occasion des cérémonies en l'honneur de la fourmi à miel.

L'art des Aborigènes d'Australie est le dernier à prendre sa place au panthéon des grandes traditions artistiques mondialement reconnues. Cet art, héritier d'une tradition immémoriale qui s'est transmise d'une manière continue pendant cinquante millénaires au moins, est toutefois resté relativement inconnu jusqu'à la deuxième moitié du XXe siècle.

Robert Hughes, critique et écrivain, dit de l'art aborigène qu'il est «le dernier grand mouvement artistique pictural du XXe siècle». Aujourd'hui cela ne fait plus aucun doute.

Pour chaque mouvement pictural (impressionnisme, cubisme, etc.), des personnalités fortes se démarquent, celles qui sont à l'origine du mouvement, les fondateurs, ou celles qui par la suite réorientent le mouvement, le font basculer dans une nouvelle voie. Les artistes présentés dans cette exposition appartiennent à ce groupe de précurseurs ou de leaders. Enfin, nous voudrions mettre l'accent sur un dernier élément: les artistes dont les toiles figureront à la galerie «Au temps qui passe» sont non seulement des artistes réputés dont les œuvres figurent dans des collections privées ou publiques prestigieuses, mais aussi de grands initiés dont les connaissances tribales sont immenses. Pour cette troisième exposition, nous présentons également des œuvres produites par des femmes aborigènes qui ont atteint une notoriété semblable aux grands hommes comme Ronnie Tjampitjinpa, Walala Tjapaltjarri, George Tjungurrayi et d'autres talents).

La vie religieuse des Aborigènes d'Australie gravite autour de la notion du rêve "Dreaming". Le rêve exalte les actes et les exploits des êtres mythiques et des ancêtres créateurs, comme les Pythons Arc-en-ciel, les Hommes-Eclairs et les Tingari, qui, sous leur apparence humaine ou sous d'autres formes, ont parcouru un univers encore amorphe, créant tout ce qui s'y trouve et instaurant les lois qui régissent le comportement social et religieux. Le continent australien est sillonné par un réseau complexe de rêves, les uns liés à des lieux ou à des régions spécifiques et appartenant à ceux qui les habitent.

Les pouvoirs des ancêtres mythiques sont présents partout, dans le sol, dans les espèces naturelles et même à l'intérieur des individus. Les liens d'un individu avec les ancêtres mythiques, par lesquels se définit son identité spirituelle, s'expriment par des associations totémiques avec les espèces et les phénomènes de la nature, par des chants rituels, par des danses, par des objets et par des motifs graphiques. Ce sont donc les événements mythiques du temps du rêve qui fournissent ses grands thèmes à l'art des Aborigènes d'Australie.

La technique employée par les peintres aborigènes révèlent les liens profonds qui les unissent à la terre. Le fond de peinture est en général ocre rouge ou noir, il représente le sol ou le sous-sol du désert. Ce fond est indispensable à la vision du peintre, il est le substrat nourricier de sa vie et de ses rêves. Au-dessus, des motifs aux couleurs terreuses sont peints en formes larges. Dans cette phase, les gestes du peintre sont lents et appliqués. Les signes ainsi placés ont un caractère immuable parfaitement adapté au récit mythologique. L'achèvement du travail consiste à délimiter puis remplir les formes avec une multitude de points. Cette technique pointilliste est à la fois une transposition picturale des moyens utilisés dans les fresques anciennes et une manière de cacher certains motifs secrets. D'autre part, l'agglomération de petits points rappelle le duvet végétal ou animal des immenses fresques exécutées sur le sol pour les cérémonies. L'Australie aborigène embrasse plusieurs traditions artistiques distinctes établies de longue date. Chaque idiome esthétique possède son propre vocabulaire de motifs et de symboles. L'interprétation des dessins et des images de cet art varie selon les connaissances rituelles de l'artiste et de l'observateur. Ainsi, un grand initié aura accès, dans une image, à un large choix de significations. Ils distinguent eux-mêmes deux catégories générales d'explication: l'explication «confidentielle», réservée aux initiés et l'explication «publique» accessible à tous. Dans les cérémonies, la peinture et les dessins ont pour rôle de transfigurer les corps et les objets en les rendant éclatants. Si la France a fait le choix de montrer l'art aborigène dans des musées «ethnologiques», parmi des objets d'art tribal (à Paris au Musée du Quai Branly mais aussi à Lyon ou plus récemment à Marseille), les pays anglo-saxons ont choisi de les faire figurer dans des musées d'art contemporain. La complexité de l'art aborigène rend pourtant ces choix opposés tout à fait rationnels. La peinture aborigène doit son succès au choc esthétique qu'elle procure, à la beauté, à la force et à la magie qui se dégagent de ces toiles. Dans l'art contemporain occidental, le discours semble parfois l'emporter sur l'impact visuel et émotif de l'œuvre. Ici tout est réuni. Construction solide, vigueur, couleurs et magie s'ajoutent à l'histoire de ce peuple et à la dimension sacrée du Rêve.

Derrière une apparente simplicité, c'est la richesse d'une culture plusieurs fois millénaire, l'histoire d'un peuple et d'un artiste qui s'exprime.